samedi 8 octobre 2011

Sarkozy prêt à une brouille avec la Turquie

                                                                                     




Le chef de l'État a fait une mise au point pesée au mot près sur les conséquences en France d'une non-reconnaissance du génocide arménien par la Turquie.



À Erevan, c'est encore le sujet, toujours aussi passionnel, du génocide arménien qui a occupé le premier plan. Nicolas Sarkozy s'est essayé à l'art délicat de mordre la ligne jaune (de la Turquie) sans la franchir. Il n'est pas certain qu'il y soit parvenu.

Vendredi, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue Serge Sarkissian, le chef de l'État français a fait une mise au point pesée au mot près sur les conséquences en France d'une non-reconnaissance du génocide arménien par la Turquie

Il se devait d'aller plus loin que son prédécesseur, Jacques Chirac, qui déjà, en 2006, avait invité les Turcs à «reconnaître» le génocide. 

Il se devait aussi de répondre à l'opposition qui, par la voix de François Hollande, a plaidé pour que le nouveau Sénat, désormais socialiste, soumette aux sénateurs le projet de loi sur la pénalisation du négationnisme, pourtant rejeté au début de l'année par l'UMP

Il se devait enfin d'honorer sa promesse de campagne de faire voter cette loi, qui est dans les limbes au Sénat depuis 2006.

«Geste de paix» 

Nicolas Sarkozy devait le faire, sans tomber pour autant dans le piège d'une brouille avec «la grande nation turque»

«Il ne peut pas y avoir de réconciliation durable sur la négation des souffrances», a-t-il expliqué en exhortant la Turquie à un «gigantesque pas en avant»

«Il ne revient pas à la France de poser un ultimatum à qui que ce soit, ce n'est pas une façon de faire (…) mais enfin à travers les lignes vous pouvez comprendre que le temps n'est pas infini, 1915-2011, il me semble que pour la réflexion c'est suffisant», a prévenu Nicolas Sarkozy, en ajoutant, pour la première fois explicitement, que si la Turquie ne faisait pas ce «geste de paix», il envisagerait de proposer l'adoption d'un texte de loi réprimant spécifiquement la négation du génocide arménien

Cette «réaction de la France se ferait connaître dans un délai assez bref qui, en tout état de cause, englobe la durée de mon mandat»

«Si je ne le précise pas, c'est que j'espère toujours dans les réactions» turques, a précisé Sarkozy. La veille, il avait envisagé de fixer une échéance à la Turquie «la fin de l'année» avant de légiférer.

Même si la forme est plus respectueuse, il s'agit bien, sur le fond, d'une injonction. Sans surprise, Ankara a fortement réagi dès vendredi

Il va de soi que cette provocation calculée permet, dans l'esprit du président, à six mois de la présidentielle, d'engranger plusieurs bénéfices.

Tout d'abord, il reconquiert le cœur des Arméniens de France qui avaient voté pour lui en 2007, au moment où Hollande était sur le point de lui griller la politesse. 

Mais il assume aussi un rapport de forces avec le colérique Recep Tayyip Erdogan, avec lequel les relations se sont dégradées depuis que les deux hommes veulent leur part de leadership sur les printemps arabes

Mais le président français sait bien que le Parti socialiste n'osera pas se prononcer clairement contre l'adhésion de la Turquie à l'Europe

Il se relégitime par ce geste à l'égard des électeurs de la droite et du centre qui ont toujours refusé l'entrée d'un pays fort de 80 millions de musulmans.

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